quand l'opération de comm' est ratée, c'est pire que tout

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7023375-tartuffes-laches-cope-tire-a-boulets-rouges-sur-la-presseIl faisait pitié avec son teint blafard et sa silhouette défaite qui se découpait (mal) sur un fond sinistre avec en plus son discours sans queue ni tête. Si c'est Bygmalion qui a organisé la mise en scène, on espère que c'est pour rien. Sinon, l'UMP est bel et bien arnaquée.

JF Copé, comme pas mal de politiciens, a l'art de répondre à côté des questions qui lui sont posées, et il a choisi de se défendre en attaquant (mal). Un média porte des accusations précises contre lui (voire ici et ), sur de possibles surfacturations subies par l'UMP, de la part de sociétés amies de ce dernier d'une part, et sur un supposé mélange des genres lié à une affaire immobilière qu'il aurait eu à connaître quand il était ministre du budget.

Le week-end est passé par là, qui a donné aux divers médias le temps de s'épancher sur ce qui est devenu non pas l'affaire de l'UMP, mais bel et bien l'affaire Copé. Mais ce temps lui a également permis d'organiser sa contre attaque et le moins qu'on puisse dire, c'est que soit il est dans la nasse, soit il fut mal conseillé car quand on a des arguments solides, on ne refuse pas les joutes oratoires. Dès lundi, il était invité chez Bourdin sur BFM, journaliste connu pour sa pugnacité: si vous passez l'examen avec succès parce que vous avez de bons atouts, c'est un pas de plus vers le firmament, si vous cafouillez, c'est la descente aux enfers (Morano en sait quelque chose). Copé qui en temps normal n'est pas le pire des débateurs s'est débiné, préférant convoquer la presse à l'UMP... où au lieu de se livrer au jeu des questions et des réponses, il a livré une déclaration de type brechnevien avant de quitter la salle, sans répondre à aucune question: circulez, il n'y a rien à voir.

Benefices-et-risques-de-l-operation-transparence-du-gouvernement_article_mainCopé réclame la transparence pour tout le monde, politiques, médias, etc. C'est se moquer un peu du monde, exiger ce qui existe déjà, parce que la comptabilité des partis engagés dans les élections est publique. Alors son numéro: "on mettra tous les documents dans une pièce scellée par un huissier jusqu'à ce que les autres produisent les leurs" est ridicule dès lors que l'essentiel est déjà disponible dur data.gouv.fr et sur d'autres sites. C'est signifier clairement que s'il obtient satisfaction personne, dans l'UMP et en dehors de l'UMP n'aura accès aux détails.

On signalera également que les rapports que Copé entretient avec la transparence sont à... géométrie variable, on va dire, pour rester gentil. On ne peut pas dire (là, c'est remuer le couteau dans la plaie) que les conditions de son élection à la présidence de son parti furent transparentes avec sa déclaration de victoire avant l'annonce officielle des résultats..., massivement truqués. (lire : Le Coup monté, Bruno Jeudy et Carole Barjon).

assemblee_nationale1Comment réagit-il après l'affaire Cahuzac quand le gouvernement présenta un projet de loi au coeur duquel figurait entre autres l'obligation pour les ministres de rendre public leur patrimoine?
Du principal intéressé, le 9 avril sur France 2 : "c'est un numéro de voyeurisme et d'hypocrisie". L'un de ses proches plaide le jour même dans Le Monde pour "ne pas tomber dans la démagogie", dans un article intitulé  "À l'UMP, l'opération transparence de Fillon gêne Copé".

Copé vote contre ce projet de loi lors de son passage à l'Assemblée nationale en juillet. La loi relative à la transparence de la vie publique, publiée au Journal officiel le 12 octobre 2013, va pourtant bien au-delà de la publication des patrimoines, qui concerne finalement aussi, dans une moindre mesure, les parlementaires. Elle crée la haute autorité pour la transparence de la vie publique. Et elle prévoit que "les élus, les ministres et les personnalités nommés en conseil des ministres puissent être condamnés à une peine d'inéligibilité d'une durée de dix ans en cas d'infraction portant atteinte à la morale publique (corruption, trafic d'influence, fraude électorale ou fraude fiscale)". Elle renforce par ailleurs la lutte contre les conflits d'intérêts. Copé trouvait la transparence inadmissible en 2013, en 2014 il revendique de façon improbable la transparence pour tous!

Notons qu'il n'y a à ce jour aucune accusation d'enrichissement personnel individuel et après tout, dans les limites du contrôle exercé de façon règlementaire, Copé pouvait, dès lors qu'il n'a rien à se reprocher, créer au sein de l'UMP une commission ad hoc réunissant toutes les tendances qui examinerait les factures émises par Bygmalion (et filiales), les comparerait à ce que d'autres société similaires demandent à prestations égales, pour démontrer que l'UMP et ses cotisants n'ont pas été spoliés. D'une part, les compagnons seraient rassurés, d'autre part les électeurs seraient certains de l'intégrité d'un homme qui aspire aux plus hautes fonctions (et jusqu'à preuve du contraire, Copé qui n'a pas été condamné est innocent du délit de détournement de fonds, ou d'abus de biens sociaux).

2995735733L'opinion publique a du personnage une image détestable, attestée par tous les sondages d'opinion. Il a beau s'agiter comme une mouche prise dans une toile d'araignée, qui ne fait que s'engluer davantage, il paye enfin (cash) son comportement passé, malgré moults avertissements qui lui ont été proférés: ses fréquentations sulfureuses (Takieddine), ses activités d'avocat d'affaire qui "firent débat, quand en même temps, comme parlementaire éminent, il pouvait faire évoluer la législation dans un sens favorable à ses clients (rien ne prouve qu'il le fit, mais on pouvait se poser la question: rien à voir avec un Mamère, député-avocat également, mais qui plaidait et fréquentait les prétoires essentiellement pour défendre des militants dans de banales affaires de troubles à l'ordre public), son agressivité permanente, son côté "chef de bande" assorti de la menace sous-jacente permanente (si tu n'es pas avec moi tu es contre moi), la manière scandaleuse dont il s'est emparé de l'UMP, là cette attaque frontale devant laquelle il se dérobe... On dira qu'il a bien cherché ce qui le frappe en ce moment: parce que ses soutiens même à l'UMP sont pour le moins... modérés, on va dire. Beaucoup de cordes pour soutenir un seul pendu. Seul Hortefeux, également empêtré dans l'affaire Takieddine, a été franc sur ses appuis

Nathalie Kosciusko-Morizet a pris ses distances en estimant "normal que des exigences particulières s'appliquent aux politiques" en termes de transparence. Et d'ajouter : "La seule demande que je fais à la presse, c'est qu'elle accepte d'être critiquée quand on a des choses à dire. J'ai envie de dire le commentaire est libre, et puis quand on n'est pas d'accord avec le commentaire, on dit qu'on n'est pas d'accord. Pour le reste il y a une loi, qu'elle soit appliquée !"

459181315Laurent Wauquiez, député UMP : "Le parti doit lever les doutes tout de suite" sur ses comptes. "C'est une bonne chose que Jean-François Copé fasse à son tour des propositions pour améliorer la transparence du financement de la vie politique, mais on ne peut pas attendre"
Alain Juppé, ancien Premier ministre et un des fondateurs de l'UMP : "Je comprends l'irritation de Jean-François Copé face aux accusations dont il fait l'objet". Toutefois, Alain Juppé a estimé que "mettre en cause l'ensemble des médias" était "toujours forcément un peu injuste".
François Fillon, ancien Premier ministre UMP : "Nous discuterons de ces propositions après les municipales", a jugé lundi François Fillon. "La priorité est le soutien des candidats de la droite et du centre pour infliger une lourde défaite à la majorité et forcer François Hollande à changer de politique." (mais faux-cul comme de coutume, Fillon avait envoyer son sniper, Lionel Tardy, exécuter Copé via twitter)
Charles Beigbeder, candidat de "Paris Libéré" à la mairie de Paris : "Il faut une transparence immédiate et totale sur l'ensemble des données. On ne peut pas attendre des mois que ces données soient collectées dans une pièce gardée par un huissier, et que la clé de cette pièce soit donnée à ceux qui veulent accéder aux données que dans des mois, voire des années, c'est grotesque." (sur i>Télé).
Dominique Bussereau, ancien ministre et député UMP : "Je l'ai trouvé très tendu, la voix blanche. Il se défend, c'est normal qu'il se défende." "Nous étudierons les propositions de loi et nous en parlerons ensemble. Pour l'instant, c'est quelque chose qu'il a dit et dont nous n'avons pas parlé les uns aux autres au sein de l'UMP" (sur France Culture).
François Bayrou, président du MoDem : "Ayant toujours dénoncé cette pratique des micropartis et toutes les habiletés extrêmement discutables dont est parsemé le financement de la vie politique en France, j'indique que le Mouvement démocrate est absolument prêt à ouvrir la totalité de ses comptes actuels et passés à tout contrôle et à toute demande de renseignement sous mon autorité et depuis sa création" (en 2007, NDLR), a déclaré à l'AFP le président du MoDem. François Bayrou a assuré que son parti ne poserait "aucune condition" à la mise à disposition de ses comptes.

Pour conclure, il est permis de se demander si la manoeuvre (désespérée) de Copé, visant à mettre les comptes de l'UMP sous séquestre n'est pas destinée avant tout à éviter que ses compagnons n'y jettent eux-mêmes un oeil. C'est en tout cas l'impression qu'elle donne.

benjamin borghésio