Rappelons que tout accusé est présumé innocent, a fortiori quand l'accusation ne provient pas (encore?) de la justice.

Mais il nous est permis de dire que le rapport décomplexé que Copé se vante d'entretenir avec l'argent "synonyme de réussite" risque, cette fois, de lui jouer des tours.

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Le Président de l'UMP (controversé: rappelons dans quelles conditions il a conquis sont fauteuil) est clairement accusé de favoritisme, y compris par des éminences de son parti. Il annonce son intention de "porter plainte"... Attendons de constater la matérialité de cette plainte, et de voir les suites qui lui seront données

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Les accusations sont cette fois portées par le Point, magazine dont c'est un euphémisme de dire que ce n'est pas un brulot gauchisant (à l'époque le Canard enchaîné avait évoqué le sujet, tout le monde avait pudiquement fait silence). Les relations entre Sarkozy et Giesbert (coupable de ne pas s'être fait chantre inconditionnel de l'UMP et accessoirement d'avoir écrit un livre assez putassier sur l'Ex) n'étaient certes pas au beau fixe, mais il est difficile, depuis mai 2012, de trouver un média qui pratique davantage le Hollande bashing (comme il faut dire en 2014) que le Point.

6a00d8341c710a53ef0133f2fe2088970b-320wiLes hommes mis en cause. Dès le début de sa carrière, Copé s'est appuyé sur trois personnalités que ses contempteurs n'hésitent pas à présenter comme ses âmes damnées: Bastien Millot, Jérôme Lavrilleux, Guy Alves, déjà cités dans la "biographie autorisée" parue en 2010 (Copé, l'homme pressé, Solenn de Royer, Frédéric Dumoulin, ed. de l'Archipel).

Entre temps Bastien Millot et Guy Alves se sont apparemment affranchis de la tutelle de Copé, pour créer leur société de communication, Bygmalion dont la filiale Event et Cie se spécialisait dans l'événementiel

Cette société, dès 2008, se vit passer des commandes substantielles par jean François Copé, d'abord Président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, puis secrétaire général du même parti (en contradiction formelle avec les statuts du parti, Sarkozy s'était opposé à ce qu'on élise un Président après son départ pour l'Elysée)

2463474-couv-jpg_2115720C'est Bygmalion et sa filiale qui furent chargés d'organiser les événements majeurs de la campagne présidentielle de 2012, sans, accuse le Point, que n'aient été passés des appels d'offre: a ce titre Bygmalion aurait perçu huit millions d'euros. Autre accusation, celle d'avoir considérablement chargé la mule sur certaines facturations.

Citons le Point:

Le Point a enquêté sur ce que certains au sein du parti qualifient de véritable "hold-up" : entre 2010 et 2012, alors que les finances de l'UMP sombrent dans le rouge, la petite boîte de com connaît, elle, une santé florissante... Dès la création de Bygmalion en 2008, Jean-François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale puis secrétaire général du parti, multiplie les commandes auprès de l'agence de com de ses amis Bastien Millot et Guy Alves, qui ont travaillé plus de dix ans à ses côtés, d'abord à la mairie de Meaux, puis à son cabinet chaque fois où il a été ministre. /... 

Lors des meetings [de la campagne présidentielle], les frais de traiteur, de retransmission vidéo et d'éclairage atteignaient parfois le double des tarifs habituels ! /...

Mais le plus troublant, c'est l'origine même de Bygmalion. En épluchant les statuts de la société, Le Point a découvert un montage financier particulièrement sophistiqué avec un actionnaire resté caché pendant trois ans : une SARL logée au Luxembourg...

Derrière cette mystérieuse société se dissimule le holding familial d'Emmanuel Limido, un gestionnaire de fonds très lié au Qatar. Coïncidence : en 2006 et 2007, Jean-François Copé, alors ministre du Budget, avait donné son feu vert pour la vente au Qatar de deux joyaux immobiliers de l'État. Dans ces deux transactions, l'intermédiaire n'était autre que le fonds d'investissement dirigé par Emmanuel Limido. Ce dernier avait entre les deux transactions embauché le chef de cabinet de Jean-François Copé, Guy Alves, devenu depuis patron de Bygmalion. Un étonnant mélange des genres que Le Point révèle dans son article sur l'argent de l'UMP et la galaxie Copé...

L'auteur de ce blog a tenté de voir ce que Bygmalion avait à dire à ce sujet. En consultant bygmalion.fr en date du 27 février, à 11h, on tombe sur:

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(Nous repasserons plus tard...)

Notons ce qu'affirme Lionel Tardy (député UMP) sur son compte twitter  (repris par de nombreux médias)

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On dira pudiquement que ça flingue entre compagnons... Rappelons que l'UMP s'est vue priver des remboursements des frais de campagne pour comptes non conformes, et a dû lancer auprès de ses sympathisants une souscription afin de rétablir des finances pour le moins défaillantes. Les donateurs apprécieront à juste mesure la manière dont l'argent de leur part fut dilapidé pendant la campagne, si les accusations ici portées sont confirmées. Copé va devoir engager pas mal de procès s'il veut lever toute ambiguïté. Il a déjà contre attaqué, s'en prenant vivement à Giesbert et annonçant "son intention de déposer plainte". Voici la réponse du directeur de la publication : "il est temps que Copé s'habitue à une presse indépendante" (lien)

Extrait:

Il est temps que Jean-François Copé s'habitue à une presse indépendante, même si nous pouvons, sur certains points, partager les mêmes valeurs (l'Europe, l'économie de marché ou la liberté d'entreprendre). Mais, qu'il nous pardonne, nous chérissons aussi la vérité, la rigueur et la morale.

En me désignant pour faire diversion et en prenant toute la droite en otage, Nicolas Sarkozy compris, Jean-François Copé est tombé, une fois encore, dans le comique involontaire. Il paraît que le ridicule tue. Même s'il reste l'un des politiciens les plus impopulaires de France, alors que les échecs du gouvernement devraient le "booster", le "président" de l'UMP est la preuve vivante que finalement le ridicule ne tue pas. Qu'il nous permette donc de rire de sa réaction : au point où il en est, ce sera de toute façon sans danger pour lui. (F.O.G)

Ce qu'en disent lemonde.fr (lien)  l'express.fr (lien) nouvelobs.com (lien) huffingtonpost (lien)

Affaire à suivre, et qui sera suivie sur ce blog où nous répercuterons toute information complémentaire significative, droit de réponse, et en rappelant évidemment la présomption d'innocence.

benjamin borghésio

 

EDITION LE 28 FEVRIER

La réponse de Copé, sous forme de communiqué, est incluse dans le fil des commentaires.

Une sorte de "droit de réponse" non sollicité, accordé spontanément.